Les absents des infos – des morts silencieuses

vignette manif CR

 

Bruxelles – manifestation syndicale

 

Les JT du soir, grands rendez-vous de l’info, nous donnent à voir les événements d’un monde en proie à la violence ou aux scandales : la guerre en Syrie, les attentats, les affaires touchant des hommes politiques, les atteintes à la liberté de la presse. Des sujets plus légers ponctuent ces infos : la rentrée des classes, la naissance d’un panda à Pairi Daiza, une visite royale ou les premières fraises de la saison.

D’une certaine manière, les grands médias forgent notre perception de ce qui se passe dans le monde. Mais également de ce qui ne s’y passe pas. Je veux dire par là que les événements qui ne sont que très rarement relayés par les médias se voient exclus du paysage commun de la « représentation du monde ».

Deux exemples de thèmes quasi absents

Chaque jour, des militants syndicaux sont, de par le monde, victimes de violences et même de meurtres. Ainsi la Confédération Internationale des Syndicats indique qu’en 20161, des militants syndicaux ont été assassinés dans 56 pays ! Dans le même rapport, on apprend qu’en 2015, on comptait 20 assassinats de syndicalistes pour la seule Colombie qui est, selon la CIS, un des pays les plus touchés avec le Guatemala. Et ce macabre décompte ne comprend pas les agressions, menaces, enlèvements que subissent chaque jour des militants syndicaux de par le monde.

Plus largement, ce sont les défenseurs des droits humains qui sont victimes de ces assassinats ciblés. Selon Amnesty, au moins 75 assassinats en Colombie en 20172 .

Ces infos, il faut les rechercher activement dans des sources spécialisées. Mais tout le monde ne consulte pas les rapports d’Amnesty international ou le site du BIT (bureau international du travail).

Une question vient immédiatement à l’esprit. En quoi considère-t-on ces violences moins dignes d’être relayées par les grands médias ? En quoi la vie d’un militant syndical vaut-elle moins que celle, par exemple, d’un journaliste ?

Un autre point aveugle dans les médias. Les faits divers relatent les accidents, les catastrophes, les meurtres, mais très peu de place pour les accidents du travail. Or, en 2014, 71 personnes sont décédées à leur poste de travail en Belgique3, plus d’une personne par semaine ! La majorité d’entre-elles sont des ouvriers. Leur vie est-elle de moindre valeur ? Ces accidents du travail ne constituent-t-ils pas une violence digne d’être relatée ? Certes, il en est parfois question dans les infos, surtout lorsque ceux-ci sont spectaculaires, mais les infos ne restituent pas l’ampleur réelle du phénomène.

Les journaux télévisés ne peuvent pas tout relater, nous dit-on. C’est vrai. En 30 minutes, impossible d’être exhaustif. En 24 heures non plus d’ailleurs. Les infos sont devenues mondiales et nous sommes plus de sept milliards d’êtres humains sur terre. Il s’en passe des choses en 24 heures ! Mais la question n’est pas là. Informer veut dire sélectionner des faits considérés comme significatifs, qui … informent. Il ne s’agit pas d’égrener des faits divers dont l’accumulation ne nous apprendra rien de plus.

Pourtant, hormis les grand thèmes de l’actualité, on nous fait assister aux récits d’une dispute de voisinage, d’une péripétie de la politique locale, d’un record absurde, sans oublier les marronniers4. Pourquoi ne pas utiliser une partie de cet espace pour relater cette violence faite au monde du travail ?


1 Indice CSI des droits dans le monde, 2016. Consultable sur http://www.ituc-csi.org/l-indice-csi-des-droits-dans-le-17353 .

2 Rapport Amnesty 2016-2017 consultable sur www.amnesty.org .

3 Fedis, Agence fédérale des risques professionnels, Taux de fréquence, gravité réelle et gravité globale pour 2014, consultable sur http://fedris.be/sites/default/files/assets/FR/Statistiques/Taux_frequence_gravite/taux-graden_2015_fr_corr_2332.pdf .

4 Les marronniers sont des sujets récurrents et saisonniers traités par les médias. Par exemple, la rentrée des classes, les premières chutes de neige, les repas de fête, les vacances,…