1917 dans les médias, une compassion à sens unique

Février 1917 (mars , calendrier grégorien), manifestation à Pétrograd.

Février 1917 (8 mars, selon le calendrier grégorien), manifestation à Petrograd

 

Voici cent ans, la révolution d’octobre bouleversait le paysage politique et social de la Russie. Anniversaire traité par les médias dans des tonalités assez contrastées, allant du documentaire historique plus ou moins objectif au reportage focalisé sur l’aversion des classes privilégiées pour cette révolution1.

 

1. Une « commémoration » partiale

Quatre reportages

La RTBF a choisi de commémorer l’événement par des reportages intégrés à ses JT et sensés relater les conséquences de la révolution russe.

Le premier reportage (JT de 19h30, le 29/10/2017), se penche sur l’abolition de la propriété privée et ses conséquences. « C’était il y a cent ans, la révolution d’octobre 1917 en Russie. Lénine,Trotsky et leurs partisans prenaient le pouvoir, faisant de la Russie le premier régime communiste de l’Histoire. Nous reviendrons à plusieurs reprises sur ces événements qui ont profondément bouleversés l’histoire du XXème siècle ». Voilà pour l’entrée en matière, très factuelle. Ensuite le ton se fait moins neutre. « Mais on commence ce soir par un des grands principes mis en avant par les bolcheviks, l’abolition de la propriété privée. L’architecture des villes témoigne encore aujourd’hui des conséquences concrètes, et parfois dramatiques pour la population, de cette mesure ».

On y aborde la question du partage des appartements organisé par le nouveau pouvoir soviétique2. Une famille, descendant des propriétaires d’un vaste appartement à Petrograd (actuellement Saint-Petersbourg) et devenus colocataires, témoignage des désagréments de la cohabitation.

Le deuxième reportage s’intitule « Révolution russe, tournant dans l’histoire » (JT de 19h30, le 03/11/2017). « C’est une des grandes dates clé du XXème siècle, il y a cent ans, la Russie faisait sa révolution. Fini la monarchie, les bolchéviks prennent le pouvoir. Alors tout ça ne s’est pas fait en un jour, mais c’est au début du mois de novembre que le coup de grâce est donné par Lénine. Retour sur cet épisode ». Suit le documentaire, s’ouvrant sur la révolution de février. On pourrait discuter des raccourcis qui y figurent, mais il présente le mérite de replacer octobre dans sa perspective sociale et historique, même si il fait la part belle aux « modérés » contre les « radicaux » en concluant : « Lénine a donc atteint son but, il a tout le pouvoir. Il va instaurer une dictature qui n’hésitera jamais à éliminer physiquement ses opposants ». Vision, disons « simplifiée », de l’histoire du développement du pouvoir soviétique.

Le troisième reportage : « Révolution russe de 1917 : le mythe de l’égalité » (JT de 19h30 du 03/11/2017). « Le 25 octobre 1917, Lénine prenait le contrôle de Petrograd, l’ancien Saint-Petersbourg, à l’époque. Cela deviendra l’acte fondateur de la révolution d’octobre qui aboutira, cinq ans plus tard, à la création de l’Union Soviétique. -Egalité pour tous- voilà ce que criaient (sic) les Russes au moment de la révolution d’octobre de 1917. Cent ans plus tard, le pays qui a connu 70 ans de communisme est devenu l’un des plus inagalitaires au monde. Une grande puissance où les riches sont devenus de plus en plus riches et où les pauvres sombrent dans la misère». Le reportage nous expose la situation actuelle de la Russie, de Poutine et ses effarants écarts de revenus entre le bas et le haut de l’échelle sociale. Comment le journaliste peut-il faire l’impasse sur les 26 dernières années qui ont vu la Russie gouvernée selon une politique économique très libérale ? Où sont passées ces 26 dernières années ? Ne pouvait-il pas tenir compte de l’avis du chercheur qui, dans l’interview, nous explique que sous le régime soviétique, les écarts étaient moins importants ? Mais rien n’y fait, la situation du pays, un quart de siècle après la dissolution de l’URSS est prise comme exemple de la politique … de l’URSS.

Le quatrième reportage s’intitule « Russes blancs, cent ans d’exil » (JT de 13h, le 03/11/2017). « Cette année, on célèbre les cent ans de la révolution russe. En 1917, environ deux milions de personnes ont fui le pays.Beaucoup se sont réfugiés en France, à Paris ». Interviewée dans un intérieur cossu, la descendante d’un médecin personnel de Nicolas II, également présenté par son arrière petite fille comme médecin des pauvres avant de devenir celui du tsar. Elle nous relate l’exil de sa famille après l’exécution de son ancêtre par les bolcheviks. Le reportage se contente du discours victimaire du témoin sans pousser plus loin l’analyse3. L’Historien Alexandre Jevakhoff, spécialiste des Russes blancs, mais également membre de l’Union de la Noblesse russe, président du Cercle de la Marine Impériale russe, associations conservatrice, et actif dans le monde des affaires, est inerviewé en tant qu’expert. On eût pu faire mieux en matière d’objectivité.

Quatre sujets, quatre clichés :

Lénine réduit à un personnage dictatorial, la suppression de la propriété privée, un régime socialiste mais inégalitaire, les classes privilégiées vues comme victimes.

D’emblée, on peut formuler quelques critiques sur cette présentation de la révolution.

– La suppression de la propriété privée qui suscite des images dignes des films anticommunistes des années ’50 , lorsque l’Amérique était en proie au Maccarthysme, n’a pas été généralisée comme pourrait le laisser supposer les propos du présentateur. En 1917, c’étaient principalement la propriété des moyens de production (usines) et de la terre qui était en débat.

– Il est erroné de considérer que la situation sociale actuelle en Russie est le résultat de la révolution de 1917. L’URSS a été dissoute en 1991, il y a 26 ans. Et depuis lors, de Boris Elstine à Vladimir Poutine, la politique sociale du pays n’a strictement rien avoir avec le socialisme. Au contraire, très rapidement, le nouveau régime s’est mis en conformité avec les exigences du FMI et a mené un train de privatisations à une cadence forcée, ce qu’on a appelé une « thérapie de choc ». Comment alors incriminer le régime socialiste dans la pauvreté qui s’est développée, précisément, depuis la fin de l’URSS ? Il y a là soit une erreur manifeste dans l’analyse, soit dans la volonté de démontrer à tout prix son propos sans se soucier de la véracité des faits.

– Poser en victimes les membres de la classe possédante de la Russie des années 1910, procède d’une relecture de l’Histoire qui s’écarte tout autant de la vérité historique. Comme nous le développerons plus loin (partie 2), la population, qu’elle soit ouvrière ou paysanne, était l’objet d’une telle exploitation, qu’il est difficile d’exonérer les possédants de leur responsabilité dans la misère qui était le lot des classes populaires à cette époque.

– Présenter Lénine en putschiste organisateur de la répression s’avère une présentation trop orientée, et du personnage, et des événements. Les historiens sont loin d’être unanimes à ce sujet, mais la réalité historique semble être bien moins monolithique comme nous le développerons au point 3 de cet article.

On aurait attendu d’une chaîne publique un traitement plus équilibré et plus proche de la réalité historique.

2. Octobre 1917 mérite un vrai débat plutôt qu’une leçon de morale libérale

Le contexte sociohistorique, de février à octobre, éléments indispensables pour comprendre la révolution russe

Octobre n’a pas éclaté dans la société russe comme le tonnerre dans un ciel serein. On ne peut comprendre la prise de pouvoir par les bolchéviks sans prendre en compte la domination sans partage des classes privilégiées sur une population en grande partie réduite à la misère. Autre élément incontournable, d’ordre politique celui-là, le déroulement des faits depuis la révolution de février et l’abdication du tsar.

Comme nous le soulignions plus haut, la série s’ouvre sur l’ « abolition de la propriété privée », épouvantail de la pensée libérale dominante. La contextualisation sociohistorique vient seulement dans un reportage ultérieur (« Révolution russe, tournant dans l’histoire »), le seul des quatre reportages à procéder à cette mise en perspective. De quoi alimenter l’imaginaire social dont la représentation des révolutions se limite trop souvent à leur dimension violente et est empreinte d’empathie pour les classes dominantes considérées comme victimes (la série d’émissions diffusées sur France 2, Secrets d’Histoire en constitue un bon exemple).

Une situation sociale explosive

Il faut tout d’abord se représenter la situation de la population russe en 1917, situation héritée de la Russie tsariste. Pour cela, nous pouvons nous référer aux travaux de l’historien Marc Ferro4, qui ne se situe ni dans le camp des défenseurs de la révolution d’octobre, ni dans celui de ses ennemis irréductibles. En spécialiste de l’URSS, il se base sur une abondante documentation, prise à la source et de tendances diverses. Mentionnons également le numéro hors série de l’Humanité, « Que reste-t-il de la révolution d’octobre? », auquel de nombreux spécialistes ont apporté leur contribution, abordant le sujet sous ses divers aspects.

En ce qui concerne les ouvriers, il relève qu’au début du XXème siècle, la Russie est le lieu « d’un des systèmes d’exploitation les plus dur que le monde capitaliste ait jamais connu »5 . Une exploitation acharnée de la main d’œuvre ayant pour résultat des salaires très bas permettant à peine de survivre, des conditions de travail inhumaines, une violence omniprésente dans l’usine que ce soit l’accident de travail6 ou la brutalité de l’encadrement, allant parfois jusqu’au meutre7 . La crise du logement aggrave encore les conditions de vie des ouvriers.

La situation des paysans pauvres, n’est pas plus enviable. « Peu d’histoires nationales comptent autant de révoltes paysannes »8 , note Marc Ferro. L’abolition du servage en 1861 fut loin d’avoir tout résolu, les paysans qui durent racheter leurs terres s’endettèrent à vie et se trouvèrent dans une situation d’asservissement économique. Cinquante ans plus tard, la campagne se trouvait toujours confrontée à de grandes difficultés. Deux revendications émergeaient : la baisse des loyers et la répartition des terres monopolisées par les grands propriétaires et parfois laissées à l’abandon.

Quant aux soldats embarqués dans une guerre qui n’en finit pas et, lassés des combats entraînant des massacres inutiles, leur exaspération est à son comble. Les pratiques de l’ancien régime persistent dans l’attitude méprisante et violente des officiers à l’égard des soldats . « Des habitudes disciplinaires rappelant celles des établissements pénitentières »9. Les conditions au front sont terribles, aggravées par le manque d’équipement et de nourriture 10.

Il est significatif que dès le début mars, la revendication portant sur l’attitude des officiers fut intégrée à un nouveau règlement énonçant que « les mauvais traitements de toutes sortes des gradés à l’égard des soldats » n’étaient plus tolérés 11.

Nous pouvons ajouter que le pouvoir tsariste n’avait pas hésité par le passé à réprimer violemment tout mouvement de protestation populaire. Un exemple parmi d’autres, la répression violente par l’armée de la grève de Lena (Sibérie) en 1912 où au moins 270 mineurs furent tués.

La société fortunée appartenant à l’aristocratie ou à la bourgeoisie, quant à elle, vit sur sa rente foncière et sur les profits de l’industrie de guerre. Les investisseurs étrangers profitent également du système qui génère des profits substantiels aux actionnaires. A partir de février, coupée du peuple, la haute société organise un freinage acharné des mesures visant à améliorer les conditions de vie de la population comme la réduction du temps de travail, l’augmentation des salaires, le contrôle ouvrier dans les usines, le partage des terres à la campagne. Ainsi, elle n’hésite pas à saboter l’industrie et la production agricole lorsque ses intérêts le commandent quitte à causer une pénurie alimentaire ou des matières premières 12 . L’enjeu est de garder le pouvoir dans l’usine et à la campagne afin de préserver à la fois leurs revenus et leur position dominante. La prolongation de la guerre contre l’opinion d’une part importante de la population rejoint ces objectifs.

Une vie politique en ébullition

En février 1917, politiquement et socialement, la Russie est en ébullition. Dans les semaines qui suivent la fin du tsarisme et la suppression de sa police politique (l’okhrana), les revendications expriment les aspirations d’un peuple longtemps opprimé, exploité et méprisé 13 : la paix, la répartition des terres, le contrôle ouvrier dans les entreprises, l’amélioration des conditions de travail et plus globalement, le respect de la dignité des ouvriers, paysans et soldats.

Le journaliste américain, John Reed14, dans son ouvrage « Dix jours qui ébranlèrent le monde », nous plonge dans cette période en faisant revivre cet immense espoir pour la population de voir ses revendications aboutir.

En août 1917, le général Kornilov tente un putsch militaire, appuyé par l’aristocratie et la bourgeoisie, afin de mettre fin à la montée des revendications populaires. Le coup D’État échoue grâce à la mobilisation de la population et des soldats restés fidèles à la révolution de février.

Le régime de février est préservé, mais le gouvernement provisoire reste largement critiqué pour son inaction, ne voulant ou ne pouvant pas aller à l’encontre des intérêts de la bourgeoisie.

Voilà, très schématiquement, le contexte et le déroulement des évènements jusqu’à la veille de la révolution d’octobre.

Évaluer octobre 1917, un exercice de rigueur sociohistorique

Contrairement à l’image que veut en donner une certaine historiographie conservatrice, Lénine ne peut être assimilé à un dirigeant putschiste. Son action politique et sa ténacité furent certes des éléments essentiels dans la réussite de la prise du pouvoir par les bolchéviks, mais elle ne se fit pas non plus sans l’assentiment et la participation d’une part importante de la population15. Quels que furent les développements ultérieurs du pouvoir soviétique, la prise du pouvoir en 1917 se fit dans la perspective de renverser un ordre dominant et violent. Certains historiens considèrent qu’un des moteurs de la révolution d’octobre fut de réaliser les aspirations des classes populaires déçues par les tergiversations et les retours en arrière du gouvernement provisoire. Certains insistent également sur l’absence d’alternative en 1917 lorsque menaçait une reprise en main du pays par les conservateurs. Le souvenir de la répression sanglante de la Commune de Paris, à peine quarante ans auparavant, par les versaillais hantait encore les mémoires16. Dans cette optique, prendre le pouvoir, c’était aussi éviter le massacre de la population et des militants révolutionnaires.

Bien sûr, outre un espoir pour la classe ouvrière, la révolution d’octobre présenta des aspects dramatiques. Actuellement, le débat reste encore ouvert au sein de la gauche, sur l’action des bolcheviks en octobre, sur l’inaction des mencheviks et de leurs alliés politiques, sur les possibilités concrètes de réaliser les revendications populaires, sur l’existence d’une alternative à la prise de pouvoir en 1917. Débat qui eût lieu, d’ailleurs, aussi à l’époque au sein même du parti bolchevik.

3. Une idéologie conservatrice : la révolution comme rupture de l’ordre « naturel »

Outre celui consacré aux inégalités, dont le propos est contradictoire et échappe à toute bonne foi (cf. point 1), deux reportages sont particulièrement imprégnés d’une certaine idéologie dominante, ceux consacrés aux appartements partagés et aux Russes blancs.

Ces deux sujets se caractérisent en effet par la compassion exclusive pour la classe dominante déclassée. Par cette focalisation sur la classe sociale la plus privilégiée, les enjeux sociaux réels de la société russe de 1917 où, comme nous l’avons vu, la misère était le lot de la majorité de la population, se trouvent voilés. Comme si le sort des plus pauvres présentait peu d’intérêt face à la conservation, par les plus riches, de leur pouvoir et de leurs privilèges, comme si la richesse des uns ne provenait pas de la misère des autres. Or, faut-il rappeler que l’opulence de la grande bourgeoisie et de la noblesse provenait de l’exploitation du travail des ouvriers et des paysans et de leur faible rémunération ? L’idéologie dominante incite sourdement à manifester de l’empathie pour les puissants et les possédants plutôt que pour la « plèbe ».

Quitter cette perception dominante implique de reconnaître l’existence de classes sociales opposées dans une dynamique sociale qui, même si le terme dérange, constitue une lutte des classes.

Naturaliser les situations sociales

L’historien Enzo Traverso défend l’idée que « le capitalisme s’est naturalisé en modèle anthropologique indépassable »17.

Dans cette optique, on peut émettre l’hypothèse que c’est ce mécanisme qui est à l’œuvre dans la « naturalisation » (c-à-d, relevant d’un prétendu ordre naturel) des violences opérées par les classes dominantes et la différence de traitement lorsque ces violences sont le fait des classes populaires. Il y a le TINA (There Is No Alternative) en matière économique, il y a aussi le TINA en matière politique où seule la démocratie formelle du libéralisme est concevable.

Ces tyrans que l’on ne veut pas voir

Sans doute est-ce ce mécanisme qui fait qu’il est rare de voir Napoléon 1er présenté comme un dictateur et un personnage sanguinaire, malgré sa prise de pouvoir autoritaire et l’hécatombe causée par ses campagnes expansionnistes. De même en ce qui concerne Louis XIV, commanditaire des dragonnades, guerre de religion à l’encontre des protestants, où hommes, femmes et enfants étaient massacrés. Son mode de gouvernance (comme on le dirait aujourd’hui) était la monarchie absolue.

Au contraire, ces personnages sont ordinairement considérés comme de grands hommes.

Où se trouve alors la ligne de partage entre ces dirigeants autoritaires institués « grandes figures de l’Histoire » et les dirigeants révolutionnaires auxquels rien n’est pardonné ?

André Tosel nous offre une réponse intéressante. Dans un exposé que l’on peut suivre sur youtube, il aborde la question de la répression sanglante de la Commune de Paris en 1871. L’auteur avance l’hypothèse que ce massacre avait pour but, pour la bourgeoisie, de marquer définitivement la frontière infranchissable pour le peuple, celle du contrôle des moyens de production.

« Naturaliser » la domination sociale et marquer la frontière que le peuple ne doit pas franchir, voilà deux éléments qui nous permettent de relire autrement les commémorations d’octobre.

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En réponse aux discours moralisateurs à l’encontre de la révolution d’octobre et des militants qui, encore aujourd’hui, nourrissent l’espoir d’une société délivrée du joug de l’économie libérale, la lecture que nous avons proposée ici est réalisée,comme nos autres articles, à travers trois outils conceptuels : les classes sociales, la lutte des classes, l’idéologie.

Les débats sur les développement ultérieurs de l’URSS, après la prise de pouvoir par les bolchéviks, entre les différents courants de la gauche anticapitaliste sont toujours en cours. En témoigne le débat, par articles interposés entre Pierre Zaska et Yvon Quinion dans l’Humanité du 07/11/2017.

Lorsque l’on considère les conditions de travail et de vie des ouvriers du textile en Inde, au Pakistan, au Bangladesh 18 et celles des enfants cueilleurs de cacao en Côte d’Yvoir19, les luttes et les débats qui animèrent l’année 1917 sont toujours d’actualité.

La voracité des actionnaires ne s’est, hélas, pas éteinte, cent ans plus tard.

 

 


1 Fort heureusement tous les sujets diffusés ne le furent pas dans une optique conservatrice. France 3 a programmé en octobre un documentaire de plus d’une heure reprenant assez objectivement le déroulement des événements depuis février jusqu’à octobre 1917.

2 Remarque : les réquisitions d’appartements n’émanèrent pas des instances dirigeantes, mais des comités de quartier qui ont répondu aux attentes des mal logés. cf. « La révolution de 1917 », Marc Ferro, Albin Michel, Paris, 1997, p.864.

3 Or, comme nous le verrons plus loin, les victimes ne sont pas nécessairement du côté des nantis.

4 Cf « La révolution de 1917 », déjà cité.

 

5  Ibid, le chapitre XV, « Le travail contre le capital », p.686.

 

6 Dans l’ouvrage cité, Marc Ferro reproduit un tableau reprenant la liste des lésions consécutives à un accident du travail donnant lieu à une indemnisation. (p.687) Qu’il commente comme la « transcription , inscrite dans la chair du peuple russe, des conditions de travail dans l’empire des tsars » (p.688).

Tarif

1. Lésion cérébrale, causant des troubles graves 100 roubles
Tête 2. Lésion cérébrale, laissant apparaître la chair, sans troubles graves 70
3. Traumatisme crânien plus léger 30
4. Commotion cérébrale 60-85
Yeux 1. Perte de la vue des deux yeux 100
2. Perte de la vue d’un seul œil 35
Oreilles 1. Surdité des deux oreilles 50
2. Surdité d’une seule oreille 10
Visage 1. Perte de la parole 40
2. Détérioration du visage gênant la fonction des sens 35
Dos 1. Brisure de la colonne vertébrale 100
2. Limitation des possibilités du dos 01/10/50
Main droite Main gauche
1. Perte du pouce 30 25
2. Perte de l’index 25 15
Extrémités 3. Perte du 3° et 4° doigt 10 5
4. Perte du dernier doigt 5 0
5. Perte de tous les doigts 75 65
6. Perte de la main 75 65
7. Perte des deux mains

100

7 Marc Ferro indique que le film d’Eisenstein, La grève, « offre un tableau assez représentatif de la situation ouvrière du début du XXème siècle en Russie ». Ibid, p. 688.

8 Ibid, chapitre XIV, « La révolte au village », p.643.

9 Ibid, «  Les aspirations des soldats », p. 196.

10 Ibid

11 Ibid, p.198, cité par Marc Ferro.

12 Ibid, p. 709

 

13 Il est consternant de constater que ce mépris dépassait les frontières et pouvait parfois être le fait de sociaux démocrates belges. Ainsi, Jules Destrée, ambassadeur de Belgique auprès du gouvernement provisoire russe décrivait ainsi le peuple russe qualifiait Lénine d’ « homme du peuple quelconque où il y avait du Mongol et du Boche ». Quant au Russe, il n’était que « le fils d’un alcoolique, le petit-fils d’un esclave et le descendant d’un barbare d’Asie ». Cité dans « Octobre 1917 et le mouvement ouvrier belge », Claude Renard. Réédité par les éditions de la Mémoire et le CarCob, Arquennes-Bruxelles, 2017, pp.69-70.

Certains journalistes occidentaux ne furent pas en reste comme l’expliquent Sophie Coeuré et Jean-François Fayet dans le numéro hors série du Monde « 1917, la révolution russe », p.36.

 

14 « Dix jours qui ébranlèrent le monde », John Reed, réédité par les éditions Tribord, Bruxelles, 2010. L’édition originale fut publiée en 1920.

 

15 Colloque international, 2, 3, 4 novembre 2017. « 1917-2017 : Espoirs, utopies et héritages de la révolution russe », Saint-Gilles, organisé par le Centre d’Histoire et de Sociologie des Gauches (ULB), le CarCob, la Formation Léon Lesoil. Les vidéos de ce colloque, abordant sous plusieurs aspects la révolution russe sont disponibles sur youtube : https://www.youtube.com/playlist?list=PLbLcx-fSOvjZkgZ8VN_KMrtPda5bnW6-J .   Selon l’historien Eric Aunoble, participant au colloque, on peut considérer que la révolution d’octobre présentait un caractère profondément populaire. Il note également, que la prise de pouvoir par les bolchéviks constituait l’alternative à une dictature fascisante (cf. Kornilov). La peur d’une répression « versaillaise » était également présente.

 

16 Voir le témoignage de Louise Michel dans « La commune de Paris », réédité en 2015 par les éditions La Découverte, Paris.

 

17 Cf. colloque « 1917-2017 : Espoirs, utopies et héritages de la révolution russe », cité plus haut.