« Il n’y a pas d’inégalités dans la distribution des profits », une fable libérale à déconstruire

Paris quartier Défense

Une étude d’Oxfam peu appréciée par le patronat

Au mois d’avril, le service d’études d’Oxfam-France publiait un rapport intitulé CAC40: des profits sans partages .

Le texte introductif brossait le tableau suivant :
« En 2017, 82 % des richesses créées dans le monde ont bénéficié aux 1 % les plus riches, alors que les 50 % les plus pauvres n’en ont reçu que des miettes.
La France n’échappe pas à cette tendance : les 10 % les plus riches détiennent plus de la moitié des richesses nationales quand les 50 % les plus pauvres ne se partagent que 5 % du gâteau.
Cette répartition inégale des richesses s’organise d’abord là où elles se créent : au sein des entreprises »
.
De fait, cette étude soulignait le fossé se creusant entre les salaires les plus bas et les rémunérations des dirigeants d’entreprise, le « recours accru aux paradis fiscaux et niches fiscales ». En ce qui concerne la France, Oxfam a constaté que les entreprises du CAC 40 reversent 2/3 de leurs bénéfices aux actionnaires au détriment des travailleurs et de l’investissement, c’est deux fois plus que dans les années 2.000.

Une tribune libre dans le quotidien Le Monde

Ces conclusions ne font qu’étayer les critiques de plus en plus nombreuses à l’encontre des politiques libérales menées depuis des décennies à l’échelle planétaire. Sans surprise, elle ont suscité une contre offensive dans les rangs du patronat peu enclin, c’est le moins qu’on puisse dire, à admettre qu’il y ait une injustice en terme de répartition des revenus.

Cet aveuglement, volontaire ou pas, est conforme au discours dominant véhiculé par les économistes néolibéraux, très présents dans les médias en tant qu’« experts »1 et qui présentent ces politiques comme le résultat de mécanismes « naturels », inhérents au fonctionnement de la société, naturalisant ainsi le fonctionnement social.

Une tribune libre publiée par Pascal Salin 2 dans le journal Le Monde ( édition des 27 et 28 mai 2018) nous permet de mieux comprendre cette idéologie, tant le discours de cet économiste ne s’embarrasse pas de l’emballage utilisé habituellement par les politiques pour faire accepter leur conception néolibérale de la société. Ici, c’est bien le fond de cette pensée qui est exprimée sans fard. De ce fait, il se révèle très utile pour dégager la logique profonde qui anime les nombreux « experts » économiques au discours plus voilé.

Mentionnons que les deux pages du Monde consacrées à ce débat par tribunes interposées, faisait également place à d’autres auteurs défendant des positions différentes qu’elles soient libérales ou keynésiennes.

Six dogmes néolibéraux

Pour cette petite leçon de néolibéralisme, prenons six affirmations contenues dans la tribune de M. Salin, dont le titre est déjà sans équivoque : « Il n’y a pas d’inégalités dans la distribution des profits ».

1- « La nature profonde » d’une entreprise : les contrats.

« Une entreprise est un ensemble de contrats à savoir, les contrats signés entre, d’une part, les propriétaires des entreprises (ou leurs représentants) et, d’autre part, les salariés, les fournisseurs, les prêteurs et leurs clients ».

2- Le libre choix.

« Or, dans une économie libre, si un contrat est signé, c’est bien parce que les signataires le considèrent comme une source de gain pour eux, quel que soit leur rôle ».

3- A chacun son rôle.

« La rémunération des propriétaires s’appelle le profit, et celui-ci rémunère la prise de risque et le travail d’organisation de la production ».

« Il y a donc, au sein d’une entreprise une différenciation des rôles très précise. Elle est efficace parce que les titulaires de profits sont incités à bien gérer l’entreprise ».

« Il convient de ne pas généraliser la participation (des travailleurs aux profits de l’entreprise NDLR), et de ne pas la rendre obligatoire, car cela correspondrait à un mélange des rôles qui peut faire obstacle à la bonne gestion d’une entreprise ».

4- Deux types de rémunérations : certaine et incertaine.

« (…) Alors que les salariés reçoivent une rémunération certaine, parce que décidée par contrat, les propriétaires reçoivent une rémunération résiduelle – ce qui reste de la valeur ajoutée une fois les salaires payés – et donc incertaine ».

5- La formation des salaires

« Quant aux salariés, leur salaire est déterminé par l’offre et la demande : les entreprises ne peuvent pas leur proposer un salaire inférieur à celui qui prévaut sur le marché du travail, mais ils éviteront de payer un salaire supérieur à ce que la contribution productive d’un salarié peut apporter à l’entreprise ».

6- La notion de partage des bénéfices considérée comme nulle et non avenue.

« Il est aussi absurde de dire qu’il n’est pas juste que les salariés ne participent pas au profit que de dire qu’il n’est pas juste que les propriétaires d’entreprises ne participent pas aux salaires … ».

À l’analyse, six postulats éminemment contestables

Revenons sur chacun de ces points :

1- Dans le monde réel, tel qu’il fonctionne, il n’y a pas de contrat libre entre un salarié et l’entreprise qui l’engage. Les rapports de force qui se jouent entre un demandeur d’emploi, isolé, face à un ensemble organisé (l’entreprise), font que si on appliquait le droit civil réglant les contrats d’individu à individu, le salarié se trouverait par rapport à son employeur en position encore plus faible qu’actuellement. C’est pour cela que le droit du travail, qui est un droit collectif et non pas individuel, a été conquis de haute lutte par les travailleurs à la fin du XIXème siècle (en Belgique). Ce droit collectif résulte d’une toute autre vision des rapports employeurs/salariés et protège dans une certaine mesure ces derniers en les extrayant de leur isolement. Sur ce plan, l’utilité fondamentale des syndicats a été de sortir les salariés de ce rapport individuel en les fédérant et en les représentant collectivement. Les attaques actuelles contre les syndicats et le droit de grève sont à comprendre à la lumière de l’affirmation de Pascal Salin pour qui le modèle des relations sociales et économiques est individuel et ignore le rôle collectif des syndicats et autres institutions. Retour au XIXème siècle en quelque sorte 3 .

2- Dans notre système économique, il n’y a pas de libre choix du travailleur. Le prétendre, c’est nier la question des besoins. Pour les 4 millions de salariés que compte la Belgique, l’emploi est indispensable pour faire face aux besoins quotidiens (s’alimenter, se loger, se vêtir, se soigner, étudier, mais aussi accéder à la culture et bénéficier de loisirs et de vacances). Et vu l’ampleur du chômage, il est tout à fait erroné de prétendre qu’un demandeur d’emploi accepte les termes de son contrat de travail par pur choix4. Entre la pression exercée par L’ONEM, le FOREM , ACTIRIS et la nécessité de faire face aux besoins de la vie quotidienne, le travailleur est souvent forcé de se contenter des conditions consenties par les employeurs et d’accepter des emplois qui, trop souvent, sont mal payés, précaires et de mauvaise qualité. Pour le travailleur, cela ne relève pas d’un choix, mais d’une contrainte.

3- Prétendre que la meilleure gestion de l’entreprise est celle qui ne « mélange pas les rôles », c’est-à-dire qui laisse toute liberté au propriétaire (actionnaire) relève d’une vieille croyance libérale. C’est l’idée que lorsqu’il bénéficie d’une entière liberté d’action, l’actionnariat agit pour le plus grand bien de l’entreprise et de l’ensemble de la société. De toute évidence, l’observation du fonctionnement réel de l’économie dément ce dogme. En effet, combien d’entreprises industriellement rentables se voient forcées de réduire ou de cesser leurs activités par l’actionnariat pour des raisons de profit financier à court terme ? La liste est longue des entreprises ou sièges locaux de grands groupes qui cessent leurs activités dans une logique purement financière (maximisation de la rémunération du capital), alors qu’industriellement, l’entreprise est viable, c’est-à-dire qu’elle peut se financer par son activité. Les fermeture de Renault Vilvorde et de Caterpillar Gosselies en constituent deux exemples parmi tant d’autres. La régulation « automatique » par le marché et la maximisation des profits ne mène pas à la meilleure gestion de la production comme le prétendent les (néo)libéraux qui en restent, in fine, aux dogmes édictés par Adam Smith au XVIIIème siècle.

4- L’insécurité de la rémunération des actionnaires est manifestement une légende au regard de la réalité. Ce qu’on observe en effet, ce sont des fermetures d’entreprises en cascade, des salariés privés de leur salaire, et en face, l’actionnariat qui optimalise ses profits en plaçant et déplaçant ses capitaux dans une perspective de gains immédiats. Dans cette dynamique, la masse salariale n’est plus qu’une variable d’ajustement. L’étude d’Oxfam en pointe bien les conséquences : une polarisation de la société avec d’un côté l’accroissement des richesses de l’actionnariat et de l’autre l’appauvrissement des salariés (effectifs ou potentiels). Ce sont ces derniers qui sont exposés au risque et non l’actionnariat.

5- En prônant une formation des salaires déterminée par l’offre et la demande, Pascal Salin évite soigneusement d’aborder la question des besoins qui constitue le point aveugle de son approche. Dans cette perspective, la question n’est pas de savoir si le salaire permet de répondre aux dépenses quotidiennes, mais se trouve être un simple paramètre de la production fixé par un hypothétique mécanisme d’offre et de demande au bénéfice exclusif de l’entreprise (et par conséquent de l’actionnariat, NDLR). Soulignons que beaucoup d’économistes contestent cette théorie de l’offre et de la demande telle qu’elle est présentée par les courants néoclassiques. David Cayla, économiste « atterré » , maître de conférences à l’université d’Angers, n’y va pas par quatre chemins en expliquant que « la loi de l’offre et de la demande est une fable » (Le Soir du 18 et 19 août 2018) et qu’il s’agit de « concepts théoriques qui ne sont pas observables dans la réalité », cette théorie étant basée sur des présupposés qui n’existent pas dans la société réelle5 . Il souligne que « les prix sont toujours le résultat de rapports de force. La fable de la « loi » de l’offre et de la demande sert à masquer cette réalité ». Et nous ajouterons que lorsqu’il est question de la formation des salaires c’est le rapport de force qui joue pleinement.

6- Quant à la question de la répartition des bénéfices entre le salariat et l’actionnariat, elle ne se pose tout simplement pas pour Mr. Salin qui ne prend même pas la peine d’argumenter. En fin de compte, le fondement de sa position repose sur la question de la propriété privée. Celle-ci ne se discute pas et le propriétaire (l’actionnaire) fait ce qu’il veut de ses profits.

Rappelons cependant que contrairement à ce raisonnement simpliste, une entreprise n’est pas un simple objet que l’on possède mais un ensemble constitué, entre autres, de salariés qui, par leur travail, sont la source des profits. Une activité économique peut très bien se passer de l’actionnariat, mais jamais des travailleurs6. Qui dit entreprise dit également responsabilité sociale. Considérer que la propriété privée est absolue dans le domaine de l’entreprise ouvre la voie à tous les excès dans l’exploitation des travailleurs. Les plans d’ « assainissement », les restructurations et les fermetures d’entreprises constituent quotidiennement des exemples de ce droit de propriété exacerbé. Les conséquences sont lourdes pour les travailleurs et leur famille atteintes dans leurs conditions d’existence. Entre autres exemples, celui de parents n’arrivant pas à boucler leurs fins de mois et contraints de choisir entre les visites chez le médecin et les dépenses alimentaires.

N’oublions pas non plus qu’une entreprise est un bien social du fait qu’elle bénéficie de l’infrastructure mise en place par l’État avec les deniers des citoyens. Les routes, les chemins de fer, les voies fluviales, la sécurité, les transports publics, le travail de recherche et développement réalisé par les universités, la formation des travailleurs, tout cela fait partie de la contribution collective à l’activité économique. Les propriétaires des entreprises (les actionnaires) ne sont pas « hors sol » et bénéficient pleinement de ce financement collectif. Malgré cela une part importante de ces actionnaires ne participe aucunement à la contribution collective étant donné le peu d’impôt payé par eux. Et cette « désertion fiscale » concerne beaucoup d’autres personnages plus discrets que les emblématiques Albert Frère et Bernard Arnault 7.

En conclusion

A l’examen, le discours néolibéral est un discours abstrait, fait de dogmes non démontrés (libre marché, efficience de la libre entreprise, nécessité de la propriété privée des entreprises, etc…). Un discours qui s’appuie sur l’autorité de relais labellisés « scientifiques » et fortement médiatisés. Cette prétendue scientificité est, on l’a vu, contestée par nombre d’économistes moins liés au pouvoir économique. Mais l’essentiel réside dans la fonction que remplit cette idéologie.

Ainsi, on retrouve dans les mesures prises par le Gouvernement Michel – Peeters cette même conception néolibérale des rapports sociaux et économiques. Par exemple, les récents projets gouvernementaux concernant la dérégulation de la formation des salaires trouve sa source dans l’idée que ceux-ci doivent être fixés en fonction de l’apport direct du travailleur au profit de l’entreprise. Logique opposée à la conception qui veut que le salaire constitue un moyen d’existence et garantisse au travailleur de faire face à ses besoins.

C’est en cela que le néolibéralisme n’est pas seulement un corpus théorique contestable, une opinion erronée. C’est surtout une idéologie qui a des effet pratiques sur la société, des effet socialement et démocratiquement désastreux. Comme l’énonçait Althusser, « l’idéologie a une existence réelle » 8, voulant dire par là qu’elle exerce un effet concret sur le fonctionnement de la société à travers les institutions qu’elle imprègne. Le message véhiculé par les médias ou dans l’enseignement massivement influencé par cette idéologie sert de fondement et de justification aux pratiques bien réelles du monde patronale et de la finance.

C’est pourquoi il est urgent de ne pas prendre le discours économique dominant pour argent comptant et de s’atteler à le déconstruire pour mettre au jour les réalités qu’il cache, des réalités plutôt effrayantes.


Notes

1 Pour n’en citer que deux : Bruno Colmant, Chef du service économique de la banque Degroof Petercam, il est actif dans la finance et écrit régulièrement dans Trends Tendances, chroniqueur économique à la RTBF, animateur avec Amid Faljaoui, de la chaîne Youtube de la banque Degroof Petercam « Déchiffrons l’actu » ; Amid Faljaoui, directeur de la rédaction de Trends Tendances, chroniqueur économique sur la RTBF, administrateur de l’Union des Classes Moyennes.

 

2 Pascal Salin est économiste, professeur émérite à l’université de Paris Dauphine, il fait partie des Nouveaux économistes, groupe prônant un libéralisme très radical. Il est également membre de la Société du Mont-Pèlerin, think thank ultra libéral, qu’il a présidé de 1994 à 1996.

 

Pascal Salin adopte en effet la même position que celle du patronat du XIXème siècle qui considérait « qu’un contrat de travail ne regarde en définitive que l’employeur (détenant le capital et en demande de main-d’oeuvre) et celui qu’il emploie (l’ouvrier qui offre « librement » sa force de travail contre une rémunération). À de rares exceptions près, toute tentative de légiférer sur la limitation du temps de travail ou sur l’augmentation des salaires se heurte à la sacro-sainte conviction que l’État n’a pas à s’immiscer dans un contrat de nature strictement privée (c’est-à-dire conclu entre individus supposés libres de leurs choix), ni dans le « libre jeu » de l’offre et de la demande ». Analyse de l’IHOES n°159 – 20 octobre 2016 « Le temps de travail en Belgique durant le long XIXème siècle 1800 – 1914 », Lionel Van Velthem www.ihoes.be .

4 Le thème de la préférence manifestée par l’individu sur un marché est un thème central de la théorie économique néoclassique. Elle suppose des individus isolés opérant dans leurs choix de consommation ou entre le travail et l’emploi ou chômage, un calcul rationnel (supposé comme tel) visant à maximaliser leur satisfaction. C’est le modèle de l’homo oeconomicus, largement contesté par de nombreux économistes et sociologues. Ce modèle purement abstrait ne correspond en effet pas au fonctionnement réel de l’individu dans la société réelle. D’une part les rapports de force qui s’y exercent empêchent un vrai choix et le placent plus souvent dans la contrainte, par exemple en matière d’emploi. D’autre part, le fonctionnement psychique de l’individu concret diffère largement dans les faits d’un individu isolé et calculateur opérant des choix en fonction d’un calcul coût/bénéfice.

 

5 Selon la théorie néo-classique, la concurrence parfaite nécessite : atomicité du marché ( absence de « coalition » des acteurs), homogénéité du produit, libre accès au marché, transparence du marché (information complète des acheteurs).

6 Exemple, la fondation de Scop ti (Société Coopérative Ouvrière Provençale de Thé et Infusions) en France, anciennement Fralib, alors propriété du groupe Unilever et qui produisait les tisanes Eléphant. « Il faut savoir qu’avant la fermeture, quatre mois d’activité de l’usine suffisaient à couvrir l’ensemble de ses coûts de fonctionnement (salaires, charges, matières premières..). Les revenus engendrés par les huit mois restant ne servaient qu’à enrichir les actionnaires. Les experts comptables avaient d’ailleurs prouvé la rentabilité du site et Unilever ne l’a jamais démenti, la délocalisation n’était qu’une façon d’augmenter encore davantage les bénéfices », Gérard Cazorla, président de la Scop ti, https://www.facebook.com/notes/le-progr%C3%A8s-social/entretien-avec-g%C3%A9rard-cazorla-pr%C3%A9sident-de-scop-ti-ex-fralib/1579818715651221?__mref=message_bubble .

 

 

7 Les études ne manquent pas qui pointent l’absence ou le peu d’impôt payé par les grosses fortunes qui s’avèrent être également de grands actionnaires : , «  Les riches aussi ont le droit de payer des impôts », Marco Van Hees, éditions Aden 2013, «  Les 400 familles les plus riches éludent pour 2,1 milliards € d’impôt par an » https://ptb.be/articles/les-400-familles-les-plus-riches-eludent-pour-21-milliards-eu-d-impot-par , «  Les 3.520 ménages les plus riches de France planquent… 140 milliards d’euros dans les paradis fiscaux! » https://www.marianne.net/economie/les-3-520-menages-les-plus-riches-de-france-planquent-140-milliards-d-euros-dans-les , « Évasion fiscale : les super riches sont-ils au-dessus des lois ? » https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/evasion-fiscale-les-super-riches-sont-ils-au-dessus-des-lois-757197.html   

 

8 « Idéologie et appareils idéologiques d’État», article initialement publiée dans la revue La Pensée n°151 de 1970 et mis en ligne sur le site Les classiques des sciences sociales de l’université du Quebecq à Chicoutimi (UQAC) : http://classiques.uqac.ca/contemporains/althusser_louis/ideologie_et_AIE/ideologie_et_AIE.html